une 2 CV face au Cancer du Sein

TÉMOIGNAGE DE « NATHALIE » alias « LA VÉNITIENNE  »

Les amoureux du vintage, des vieilles voitures qui ont de la gueule ont tous dans le cœur une Deuche tout en rondeurs, cabossée, délavée par le temps.
Qui n’a pas pris un violent coup de capot sur le crâne ?

Qui n’a pas pris un méchant coup de vitre sur le coude ?

Pas un bolide, un drôle de véhicule qui prend son temps, même son klaxon si peu sérieux est un souvenir de gamine.

A bord d’une 2 CV on écoute pas la radio, normal l’habitacle est si bruyant qu’on en installe pas. On discute, on palabre, on prend son temps, on a le temps…
Dans une Deuche, on accepte de se faire dépasser, on rigole la capote ouverte les cheveux qui nous fouettent le visage avec toujours une impression de vacances. Quand on dépasse un camion, on profite d’une infime accélération, on se penche en avant pour l’aider la pauvrette à gagner quelques mètres, lui donner du courage.


Pour réparer une Deuche il faut de l’amour, de la patience et du temps.
C’est moi cette Deuche cabossée, délavée après un cancer, mais je roule encore.
Il y a un avant, il y a un après mais plus rien n’est comme avant. C’est un Tsunami qui marque à jamais.
Faire comme si de rien n’était, une parenthèse en rien enchantée qu’il faut oublier , comme si il ne s’était rien passé.

Je suis une survivante, j’ai eu peur de mourir. J’en suis gênée, j’ai honte, d’autres ne sont plus là pour en parler.

En 2019 le cancer s’est invité dans ma vie, vieil ennemi que je connaissais bien car il s’était déjà invité aux repas de famille. L’annonce a été un choc, une simple mamo un sourire gêné et j’ai compris immédiatement. J’ai alors été prise dans un tourbillon, un manège emballé sans pouvoir réfléchir à rien.
Un cancer du sein grade 3, agressif. Ma grande chance c’est que je remettais à plus tard ma mammographie, ma maman m’a un peu « bousculé » pour la faire ..à temps.
Biopsie, opération traitements..J’ai dû assurer, les devoirs seule, le quotidien, la souffrance, le combat , sans relais. A peine opérée je rentrais chez moi sans aide, aucun médecin n’avait pensé à faire le nécessaire pour m’en apporter . Sans ma famille qui était loin et qui se cotisait pour m’aider financièrement alors que j’avais toujours travaillé, je me serais retrouvé à la rue en plein traitements avec mon fils parce que non avec des indemnités dérisoires on ne paye pas son loyer, on n’a pas l’esprit tranquille . Qui se préoccupait de savoir ce qu’il vivait, comment je m occupait de mon fils diagnostiqué
Asperger à six ans ? Personne. Je n’avais pas attendu pourtant pour contacter une assistante sociale, dès l’annonce, l’anticipation est une seconde nature chez moi, une vieille compagne de galères . Les réponses apportées étaient que je n’étais pas une priorité car pas encore à la rue et que le mieux était de déscolariser mon fils et repartir dans ma famille sur la côte d’Azur…

J’ai donc dû de me débrouiller seule, vous perdez beaucoup de « bons »amis, la maladie fait peur, ceux qui restent se comptent sur les doigts d’une main mais ce sont les meilleurs. Pendant ces traitements, chaque femme mène son combat personnel, il n’y en a pas de petit où de grands.Pour ma copine de « fauteuil bleu », de chimio, une femme extraordinaire son combat était garder ses cheveux , elle les a gardé, et tenir le coup au boulot, elle n’a jamais arrêté, sans empathie de la part de ses collègues, moi c’était tenir le coup pour m’occuper de mon fils malgré la fatigue, recevoir les appels d’une prof d’anglais
hystérique parce qu’un exercice n’était pas fait alors que à ce moment là mon fils et moi nous nous en fichions un peu de cet exercice, ma petite bulle d’oxygène c’était la peinture, la couleur, mes pastels, l’écriture aussi. Le monde continue sa course et même malade il vous demande de faire de même.

Dans la clinique où j’étais, pas de soins de support, d’accompagnement, de conseils pour l’après, si vos orteils vous font mal au point où vous ne supportez plus un drap ou enfiler des chaussettes devient une torture, mot d’ordre supporter la douleur., faux ! Allez voir un pédicure, il vous soulagera. J’aime poser des questions mais elles sont restées sans réponses, le malade est infantilisé, vous êtes prise en charge médicalement sans être informée , soulagée; Le matin de nos chimios nous étions accueillies par un « on
a bien dormi ? On a bonne ,mine ce matin ! » Heureusement ma copine de fauteuil et moi nous soutenions, chacune a été une force pour l’autre, avec humour et dérision. J’ai le souvenir aussi d’une infirmière s’extasiant sur la chevelure de ma voisine, moi juste à côté le crane aussi lisse que les fesses d’un bébé. Franchement, mes cheveux ce n’étaient pas ma priorité, j’assumais mon crâne, j’avais choisi des foulards colorés à une perruque très laide premier prix,mais j’ai pensé à celle qui à ma place aurait pu fondre en larme.

Après, pour la radiothérapie j’ai découvert l’Oncopole à Toulouse, personnel humain, à l’écoute, toute l’assistance autour du malade. Étant en fin de traitement je suis un peu passé à la trappe. Mais j’avoue que j’étais tellement fatiguée qu’il arrive un stade où vous ne demandez même plus d’aide.
Arrive ce jour où l’oncologue me donne rdv dans 6 mois, on me parle au bout de ces longs mois enfin de test génétique sujet que j’avais abordé dès le début sans recevoir de réponse. A aucun moment il ne prononce les mots « vous êtes guérie ». Prise en charge médicalement sans être « dorlotée » le stress, la peur, les remises en question concernant mon avenir…Les traitements s’arrêtent, pour l’entourage on devrait sauter de joie. Sauf qu’on se sent vidé, pleine de peurs, de ce moment où on a approché la mort de
trop près, pleine de cette peur irrationnelle qu’il est toujours là, prêt à se réinviter au repas. Dans notre vie professionnelle, on a été « remplacé » on a rien dit, ça c’est fait sans nous, sans batailler on voulait tout changer, tout envoyer valser, on nous y a aidé, sans fin de contrats, sans papiers. En France, on est censé être protégé lorsque l’on est malade, c’est un leurre. Pour le coup, je crois bien que le monde s’est ligué pour m’ignorer , moi, mes droits leurs devoirs .Après cet ouragan certains veulent reprendre leur vie où ils
l’ont laissé d’autres comme moi veulent tout changer. C’est à cet instant précis qu’il faudrait être aidé.
On me rassure, j’ai à nouveau des sourires, mes cheveux repoussent, je dois être heureuse, c’est le mot d’ordre je suis vivante je dois passer à autre chose.
Alors j’envoie tout valser, mes employeurs qui font les morts dans l’illégalité la plus totale. Je change de vie, de région je quitte tout pour reconstruire ma vie avec mon fils, une nouvelle famille , une vie que j’imagine plus heureuse loin de ce crabe, pleine de projets de renouveau, d’amour aussi avec un homme amoureux rencontré peu avant le diagnostique et qui à distance partageait son temps entre ses enfants et moi, un super héros qui passait outre mon crâne chauve et mes cicatrices.

Enfin, trouver équilibre et joie. La réalité est bien différente, impossible de faire comme si de rien n’était.
J’ai changé, j’ai mal, j’ai des douleurs dans tout le corps jour et nuit. Les cicatrices des mois après font toujours souffrir, tout me rappelle en permanence le cancer.
La fatigue est toujours là, j’ai déménagé, géré des crises d’adolescents, de l’agressivité sans vacances, sans répit. Il faut du temps pour réparer une Deuche, il faut du temps pour se réparer.
On se sent si seule. Après la maladie, on a juste envie de souffler. On voit dans le regard des autres, de la lassitude, de l’énervement, de l’incompréhension , on ne voit même pas la fatigue de l’autre, on ne voit pas le Prince charmant se transformer en crapaud. On devrait être heureuse, on se sent désemparée. « tu te fais du mal, tu n’oublies pas ». Non, je n’oublie pas, je suis épuisée.
Et là, incroyable, alors que déjà je saoule mes proches en parlant de mon cancer, en évoquant mes peurs, alors même que je culpabilise d’en parler le covid pointe son nez, confinés à l’étroit.
Je dois à nouveau affronter la peur de disparaître, gérer l’incertitude, je suis renvoyée de manière brutale à la gestion de ma vie avec la maladie.

Aujourd’hui je suis comme un ancien soldat qui n’ose plus parler de sa peur après le combat, qui se tait, qui pose un sourire de façade sur son visage. Je vais bien, A 48 ans je dois repartir de zéro parce que « ça n’a pas marché » amour, travail , logement…Mon fils parti en plein confinement chez son père, j’ai suivi , la peur au ventre sans maison, sans travail. Là, un nouveau périple a commencé. Le but ultime, récupérer mon fils, notre chien que nous avions adopté pendant mes traitements notre chat restés tous deux dans le
Tarn et Garonne, se retrouver.
Hébergée à Toulouse chez un ami, un vrai, toujours présent , j’ai pu me relever, recharger mes batteries.
Grâce à son aide et à ma force de persuasion j’ai retrouvé un logement. J’ai même dû vivre en yourte un mois moi qui n’avais jamais campé de ma vie pour me rapprocher d’un travail , rencontré un rasta et ses enfants qui m’ont aidé à passer ces moments dans l’apaisement entourée de gentillesse. La maladie c’est aussi cela, s’entourer de belles personnes, savoir ce qui compte, ce qui est important.
Dans ma vie j’ai été éducatrice spécialisée en autisme malgré moi, équilibriste, funambule et gestionnaire de situations d’urgence. Je ressemble à l ‘Alinéa qui grogne après son créateur en lui demandant de redessiner des marches, je ressemble au petit prince qui veut qu’on lui dessine un mouton, à une Deuche qui veut qu’on lui dessine une route fleurie.

Aujourd’hui, je ne peux pas dire autour de moi » ben non c’est dur j’en ai marre des tempêtes à répétition, oui j’ai peur que le crabe revienne, oui j’ai besoin de souffler». Des douleurs non soulagées, des situations professionnelle pas réglées.
Une société qui laisse à l’abandon, qui ferme les yeux et nous oublie.
La maladie est derrière vous pourtant c’est là que la société va vous montrer son accompagnement. Vous n’aviez pas pu dépasser assez vite la maladie, vous êtes seule . Vous avez besoin d’une mutuelle, d’un crédit, d’un logement, d’un emploi ? Je vous garanti qu’avoir eu un cancer n’attire pas la confiance. Le monde vous dit d’oublier mais le monde vous voit en sursis. Allez vous pouvoir tenir le coup dans votre futur boulot , auxiliaire de vie c’est dur..? Mais jusqu’à maintenant personne ne s’était demandé si j’allais tenir le coup…
Il faut savoir que dans notre pays la sécu rembourse les antidépresseurs mais pas un bon psychologue et pourtant après tout ça on a sacrément besoin de vider notre sac.


Se reconstruire après un cancer, pour la société vous n’êtes plus la même .

Après un cancer, la vie n’est pas plus belle, devoir sourire à tout le monde pour faire penser qu’on est heureux, c’est à mes yeux de la maltraitance. Après un cancer, nos problèmes doivent être relativisés. On l’entend beaucoup ce mot. On se retrouve avec des difficultés d’une ampleur titanesque mais on a appris la leçon « oh il y a pire, je suis en vie ».( le tout avec un sourire heureux) .
Je suis une personne ordinaire avec mes peurs, mes doutes, mes défauts, mes joies, mes souffrances, je ne suis pas un héros. J’ai le droit d’en avoir marre, de trouver tout ça trop dur. J’ai vécu des tsunami à répétition, j’ai besoin de temps, de repos La société aurait dû me protéger et me donner ce temps. Il faut de l’amour, de la patience, du temps pour réparer une Deuche…
J’ai dû me retrousser à nouveau mes petites manches de mécano, me donner de la bienveillance, repartir au combat, j’ai retrouvé un logement sympa, mon fils. Pour le travail, aucun médecin ni médecine du travail n’a constaté que aujourd’hui mon travail est trop dur physiquement, beaucoup de transferts, oubliée .. Repartir à zéro c’est aussi avoir la peur du lendemain, des contrats précaires comme si on avait 20 ans
sans avoir le temps de s’occuper de sa santé, repousser à plus tard ce qui ne devrait pas l’être…Pas de vacances pour souffler . Je souhaitais m’orienter vers l’art thérapie persuadée du bien être que la peinture m’a apportée et de ce que je pourrais apporter à d’autres cependant les formations homologuées sont coûteuses et longues destinées à des personnels soignants et quand on est sur le fil qu’il faut gagner sa vie il est difficile de penser reconversion. J’envisage de créer une entreprise afin que ma passion le dessin
devienne source de revenu petit challenge finalement en comparaison de ce que j’ai vécu, et pouvoir aider aussi un jour des femmes malades, je ne dois pas être un cas isolé.
Un jour peut être serais je capable de changer un peu ce monde pour les esquintés de la vie, je vais reprendre les mots de Jack Kerouac « seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’il peuvent changer le monde y parviennent ».


La vénitienne

pour la CONTACTER par mail : escoffier_nathalie@orange.fr

A la dâte d’aujourd’hui , elle est guérie et s’occupe de son fils Alexandre que j’embrasse et continue a faire des beaux tableaux pastelles …..

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